10 faits marquants de sa vie chez les Canossiennes

1. Une rencontre avec Dieu qui n’était pas au programme

Les probabilités que Bakhita entre un jour dans un couvent étaient minimes. Sa maîtresse italienne, Maria Michieli, en réalité russe d’origine, n’est pas du tout fervente catholique. Elle refuse même catégoriquement que Bakhita entende parler de Jésus et de la religion catholique. C’est un voyage de Maria Michieli au Soudan, où son mari tient un hôtel, qui fera basculer le destin de Bakhita. Un ami de la famille, Stefano Massarioto, qui a une grande tendresse pour Bakhita, insiste pour qu’elle soit accueillie au couvent pendant les quelques mois que dureront le voyage, afin que les sœurs fassent son instruction.

Malgré les grandes réticences initiales de sa maîtresse, Bakhita entre à l’Institut des Catéchumènes de Venise pour la première fois le 29 novembre 1888. Elle est loin de s’imaginer alors qu’elle arrive enfin chez elle, et qu’elle y restera plus de 50 ans !

2. Une rencontre bouleversante et progressive

La rencontre avec Dieu est un choc pour Bakhita, et en même temps, une évidence. En effet, elle dira souvent par la suite qu’elle connaissait en fait Dieu depuis longtemps, qu’Il s’était manifesté à elle à de multiples reprises et qu’elle le sentait dans son cœur sans savoir qui Il était.


 La Sainte Vierge m’a protégée, même quand je ne la connaissais pas. Même au fond du découragement et de la tristesse, quand j’étais esclave, je n’ai jamais désespéré, parce que je sentais en moi une force mystérieuse qui me soutenait. Je n’en suis pas morte, parce que le Bon Dieu m’avait destinée à des « choses meilleures »


Ce qui la marque chez « El Paron » (le patron), cet « esclave crucifié », comme elle prendra l’habitude de nommer Dieu, c’est son amour inconditionnel, qui lui semble presque impossible à concevoir pour une esclave, et sa présence, partout, tout le temps, pour toujours et pour elle. Cette révélation la bouleverse, et elle mettra du temps à accepter de recevoir sans remord cet amour immense et définitif, qu’elle a attendu si longtemps.

Baptisée le 9 janvier 1890, Bakhita prend alors le nom de Sœur Giuseppina (Joséphine) Bakhita.
Elle prononcera ses vœux perpétuels en 1927.


« Ici, je suis devenue fille de Dieu »


3. Une entrée dans les ordres qui tourne au scandale

Une fois le voyage de Maria Michieli terminé, Bakhita annonce qu’elle veut rester au couvent, contre l’avis de sa maîtresse qui souhaite récupérer à tout prix son esclave pour s’occuper de sa fille. S’en suit un procès retentissant et inédit en Italie, qui fait couler beaucoup d’encre et réagir les plus puissants du royaume.

Le 29 novembre 1889, le procureur déclare Bakhita libre de choisir là où elle veut rester puisque l’esclavage n’existe pas en Italie.

La séparation avec la petite fille de sa maîtresse, Mimmina, qu’elle aimait comme sa fille, est néanmoins très éprouvante pour Bakhita; une épreuve dont elle ne se remettra jamais vraiment.
Mais Bakhita est enfin libre de faire pour la première fois son propre choix ; le choix de Dieu.

4. Une vie de prière


Je restai très animée à travailler pour le Seigneur, et à ne vouloir rien d’autre que Dieu seul ».
(Mémoires chap.13, n.13)


C’est la devise personnelle de Madeleine de Canossa, fondatrice des Filles de la Charité Canossiennes, qui résume le mieux l’essence de la spiritualité canossienne. Un chemin d’amour,
d’humilité et de conformité au Christ crucifié. Les sœurs sont appelées à contempler « l’Amour plus Grand » du Christ sur la Croix et à le communiquer à tous, en ne cherchant que la gloire du Père et le salut des hommes, et cela à travers une vie de consécration, de communion et d’humble service.

Le blason de la congrégation montre les initiales MD, c’est-à-dire Mater Dolorosa, la Vierge des Douleurs. Chaque Canossienne porte au cou une médaille avec le visage de la Mère des Douleurs qui accueille tout dans son cœur rempli d’un amour infini.

Bakhita a toujours été très proche de la nature. Elle loue constamment le Seigneur pour Sa création ; ce soleil, cette lune et ces étoiles qu’elle aime tant admirer chaque soir avant de dormir.


« «Les Sœurs me firent connaître ce Dieu que tout enfant je sentais dans mon cœur sans savoir qui Il
était. Voyant le soleil, la lune et les étoiles, je me disais en moi-même : qui donc est le maître de ces
belles choses ? Et j’éprouvais une grande envie de le voir, de le connaître et de lui rendre mes
hommages »


5. … et au service des plus démunis

Une des particularités des Filles de la Charité Canossiennes est leur action au service des plus nécessiteux, leur positionnement dans le monde et pour le monde. En témoigne leur petite coiffe noire, nouée à la manière des femmes du peuple de l’époque.

En plus de diverses actions pour les pauvres de la ville, les sœurs reçoivent et hébergent à l’Institut des orphelines pour les nourrir et les éduquer.

Travailleuse acharnée, Bakhita exerce de nombreuses activités de l’institut, où on lui reconnait à chaque fois sa rigueur, sa détermination, son enthousiasme, avec ce doux sourire qui ne la quitte jamais : elle est tour à tour lingère, cuisinière, sacristine, concierge… et même infirmière, lorsque l’Institut est transformé en hôpital lors de la Première Guerre Mondiale.

Mais ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est s’occuper des petites orphelines, avec qui la relation est simple, l’affection immédiate, la complicité heureuse : elle les écoute, les nourrit (elle qui a connu la faim, on lui reproche régulièrement de donner des rations trop importantes aux petites filles de l’Institut), les soigne et leur raconte des histoires.

6. Entre Venise et  Schio

Bakhita commence sa vie de jeune religieuse dans l’Institut des Filles de la Charité de Venise, où elle restera 14 heureuses années. En 1902, on l’envoie à Schio, petite ville industrielle dans le Nord-Est de l’Italie, où la petite bourgeoisie industrielle côtoie la grande pauvreté.

Chaque changement de lieu de vie est une souffrance pour Bakhita, un nouveau déracinement, comme elle en a tant connu lors de sa vie d’esclave. Pour chaque nouveau départ, elle sait qu’il faudra affronter l’inconnu, et du temps pour se faire accepter à nouveau, se faire aimer.

Venise restera sa ville de cœur, où elle parvient à se sentir chez elle. Les couchers de soleil sur le canal, l’ouverture sur la mer lui rappelle l’Afrique, de l’autre côté de la Méditerranée.

7. La « Madre Moretta » aimée de tous

Partout où elle va en Italie, Bakhita choque les gens, qui n’ont en général jamais vu de personne noire. Elle intrigue, fascine, et génère chez beaucoup la peur et l’incompréhension.
A son arrivée dans le couvent, Bakhita supporte une longue période d’adaptation avant d’être acceptée par la majorité des sœurs, orphelines et personnes de passage.

Arrivée à Schio, où il faut tout recommencer, la mère supérieure l’oblige même à rester assise des heures durant pendant plusieurs jours dans la cour de l’Institut, à la vue de tous, afin qu’ils s’habituent le plus vite possible à elle.

Mais une fois l’appréhension passée, Bakhita gagne vite le respect et l’affection de tous ceux qui la rencontrent. Les autres sœurs l’appellent « Madre Moretta » (petite Mère Noire).
Simple, discrète et dévouée, si humaine, et non dénuée d’humour, elle a une connexion toute particulière avec les enfants, qui la demandent en continu.

8. Des personnes qui marquent sa vie de Canossienne

La Mère Supérieure Anna Previtali, qui accepte et facilite son entrée au noviciat en 1893, est la première sœur qui marquera la vie de canossienne de Bakhita. Elle lui dira : « Ni la couleur de la peau, ni la position sociale ne sont des obstacles pour devenir sœur ».

La Madre Fabretti, qui la forme, lui apprend à lire et écrire, et l’accompagne dans sa rencontre avec Dieu, si soudaine et bouleversante, est certainement l’une des figures les plus importantes de la vie de canossienne de Bakhita. Elle lui vouera une profonde affection toute sa vie.

Quelques-unes des orphelines de l’Institut, qu’elle verra grandir et suivra pendant des années, marqueront également sa route vers la Sainteté.

9. Raconter l’inracontable, Le succès de La Storia Meravigliosa

Dès 1910, la Mère supérieure, de l’époque Madre Margherita Bonotto, demande à Bakhita de raconter ses souvenirs d’enfance et d’esclave. C’est une véritable épreuve pour Bakhita, qui a honte de ne pas se souvenir avec précision des premières années de sa vie (elle a oublié jusqu’à son prénom), a honte aussi de ce qu’elle a vécu en tant qu’esclave et ne parvient pas à mettre des mots sur cette violence inhumaine.

Elle se plie cependant aux ordres de ses supérieures, qui insisteront à plusieurs reprises tout au long de ses 40 ans de vie de religieuse, et tente tant bien que mal de raconter l’inracontable. C’est seulement en 1930, alors qu’elle a 60 ans, qu’elle trouve l’interlocutrice à qui elle parviendra à ouvrir son cœur. C’est Ida Zanolini, une journaliste qui publiera son histoire en plusieurs « feuilletons » dans le magazine officiel des Canossiennes. Suivra un livre, qui connaitra un succès fulgurant en Italie et entrainera Bakhita dans une tournée dans tout le pays.

Bakhita a toujours été très proche de la nature. Elle loue constamment le Seigneur pour Sa création ; ce soleil, cette lune et ces étoiles qu’elle aime tant admirer chaque soir avant de dormir.

10. Un héritage durable

Après une longue maladie, Bakhita meurt le 8 février 1947 (à 78 ans). En 1950 déjà, le bulletin canossien publie 6 pages de témoignages de personnes affirmant avoir reçu des grâces par
l’intercession de Joséphine Bakhita.

Elle est béatifiée en 1992 et canonisée par Jean-Paul II le 1er octobre 2000.
« Bakhita a laissé un message de réconciliation et de pardon évangélique dans un monde si divisé et blessé par la haine et la violence », soutient le pape Jean-Paul II lors de la cérémonie de béatification.

Dans son encyclique de 2007 sur l’espérance, le Pape Benoît XVI a fait d’elle un exemple d’une espérance qui est en même temps une rédemption. « Rencontrer Dieu en ce monde et parvenir à le connaître, c’est recevoir l’espérance », a-t-il écrit, décrivant ainsi la conversion de Sainte Joséphine à la vie chrétienne, lorsqu’elle se trouvait à Venise.

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