Montrouge, le dimanche 15 novembre 2020

Chers amis,

Tout d’abord j’espère que vous et tous ceux que vous aimez traversez cette période aussi paisiblement que possible.

Voilà deux semaines que nous sommes à nouveau confinés, et parce qu’il est le deuxième, que nous ne savons pas combien de temps il va durer, que nous ne savons pas s’il est le dernier, et peut-être surtout parce qu’il est moins rigoureux que le précédent et suscite une adhésion moindre et de nombreuses revendications, ce confinement est presque plus difficile à vivre que le premier.

Parmi les prises de positions réclamant un assouplissement des règles sanitaires, il y a celles des catholiques, et parmi eux de quelques évêques.

Ici ou là, des autorisations sont données pour contourner l’esprit de la loi par de subtiles interprétations. L’Église est depuis longtemps rompue à ce genre d’exercices qui dans le meilleur des cas relève d’une légitime casuistique.

Ici ou là, on se dispense même des autorisations et on transgresse les règles édictées par l’État et/ou par l’Église.

Les paroisses qui ne jouent pas ce jeu sont parfois sévèrement jugées ou dénoncées : passives, paresseuses, frileuses, soumises, pourquoi pas infidèles ou hérétiques ?

En accord avec les Pères Jacques et Adalbert, j’ai décidé que nous n’organiserions pas le « click and collect » de l’eucharistie.

Pourquoi ? Pour deux raisons au moins, l’une plus théologique, l’autre plus morale.

L’Église, dans sa réflexion théologique, rechigne généralement à séparer ce qui lui paraît indissociablement lié. Cela lui tient particulièrement à cœur sur tout ce qui touche au corps, qu’il s’agisse du corps physique des êtres humains (dans l’union et la procréation par exemple) ou du corps eucharistique du Seigneur, du corps social ou du corps ecclésial. Sur le sujet qui nous occupe, la communion au Corps du Christ, il est sûr qu’existe un lien essentiel entre le rassemblement de la communauté (elle-même corps du Christ), l’écoute par cette communauté de la Parole de Dieu (le Verbe fait chair), la communion au Corps du Christ, et l’envoi au monde pour partager la grâce du pain reçu.

Jusqu’à présent, la seule exception à cette unité, c’est la communion portée aux malades, à partir de la table eucharistique où la communauté rassemblée a célébré le Seigneur.

Peut-on généraliser, même temporairement, une dissociation entre corps ecclésial rassemblé et corps eucharistique distribué sans risquer d’encourager une piété toute individuelle aux accents parfois un peu trop égocentriques ?

La deuxième raison, plus morale, n’est pas sans lien avec la première. Ce qui justifie l’impossibilité actuelle de se rassembler pour partager le pain du Seigneur, c’est la crise sanitaire, le péril de mort couru par nombre de nos frères et sœurs. Alors, oui, nous avons faim de communier au Corps du Christ, et en être privé est un manque douloureux, mais quand le souci du frère et de sa protection justifie cette privation temporaire, serait-il légitime de revendiquer comme un droit la satisfaction immédiate de son propre désir individuel ?

S’il était légitime, il y a quelques mois, en période de déconfinement, de demander que les rassemblements cultuels soient autorisés au même titre et à la même date que les autres, revendiquer un traitement particulier alors qu’il s’agit de combattre la résurgence de l’épidémie n’est pas du tout du même ordre.

J’ai voulu vous expliquer de manière un peu développée ce qui motive notre pastorale en ce temps de confinement. Je vous rappelle que les églises Saint-Jacques et Saint-Joseph sont ouvertes tous les jours afin que vous puissiez venir y passer un temps de prière et de recueillement personnel. Vous y trouverez également le bulletin paroissial que nous éditons à nouveau avec des suggestions pour accompagner la prière. Le site paroissial vous propose aussi, entre autres choses, un commentaire quotidien de l’Évangile et une lecture suivie de l’encyclique Fratelli Tutti. Enfin, nous pensons mettre en place, dans les jours prochains, une permanence téléphonique paroissiale, en particulier destinée aux personnes qui vivent douloureusement la solitude du confinement. Vous en serez informés dès qu’elle sera en place.

Soyons attentifs les uns aux autres, et en particulier autour de nous à ceux qui vivent le plus durement ce temps d’épreuve.

Bien fraternellement à tous.

Marc Vacher, curé.