Homélie du Père Marc Vacher sur la Transfiguration

Journée interparoissiale « Visages d’église : 34 chemins pour suivre le Christ » Dimanche 12 mars 2017

2è dimanche de Carême (année liturgique A) La Transfiguration à St Jacques Montrouge – 12 mars 2017

Quelquefois, quand je passe sur le parvis de l’église St Jacques, je vois une personne inconnue en arrêt au milieu de ce parvis, tournée vers l’église, regardant à travers les vitres de l’entrée et découvrant, tout au bout de la nef, la fresque de la Transfiguration. Qu’est-ce qu’elle voit, de si loin ? D’abord le Christ, lumineux. Avec elle, regardons, mais de plus près.

Le Christ lumière, au centre. D’autant plus lumineux qu’il est entouré d’une sorte de mandorle : un fond ovale plus sombre, qui isole le Christ du reste de la composition, le fait ressortir. Et cependant cette source de lumière centrale éclaire tout le reste de la fresque : les ombres sur tous les sujets manifestent que la source lumineuse, c’est le Christ.
Pour le Père aussi ? Ça peut se discuter. Mais ça peut se défendre aussi : c’est le Christ qui nous révèle le Père, nous le fait connaître, nous le montre, nous le met en lumière.
En tout cas le Christ éclaire tout le reste, et même les figures de l’Ancien Testament. Non seulement Moïse et Elie présents à ses côtés sur la montagne, mais aussi les mêmes personnages dans les épisodes de l’Ancien Testament rappelés autour de la figure du Père : la mort de Moïse sur le mont Nébo, et l’enlèvement d’Elie sur un char de feu tiré par des chevaux de feu.
Ainsi, le choix de ces épisodes de l’Ancien Testament souligne que la scène de la Transfiguration a à voir avec la mort. Ou plus exactement avec la victoire sur la mort. Dans l’Evangile de St Luc, il nous est précisé que Jésus, Moïse et Elie s’entretiennent du prochain départ de Jésus qui doit avoir lieu à Jérusalem. Et tous les commentateurs disent qu’il s’agit de la mort de Jésus. Cet épisode de la Transfiguration intervient juste après que Jésus a annoncé pour la première fois à ses apôtres sa mort prochaine. Elie, c’est celui dont la mort est décrite comme une assomption directe vers Dieu. Et la tradition juive connaît des récits du même genre sur la mort de Moïse. Le haut de la fresque nous présente donc la mort comme le passage lumineux vers la vie, dans la gloire du Père.

Mais la lumière du Christ éclaire aussi la vie de ce monde : les trois apôtres prosternés, ceux que Jésus a pris avec lui pour l’accompagner sur la montagne, mais aussi les autres apôtres, les neufs restant en bas, présents dans un coin de la composition, tous éclairés sauf un, Judas sans doute.

La présence des apôtres restés en bas permet d’évoquer l’épisode qui suit la Transfiguration dans l’Evangile : la guérison d’un enfant épileptique par Jésus. Le récit de l’Evangile semble suggérer que c’est pendant l’absence de Jésus, Pierre, Jacques et Jean, que les autres apôtres ont été incapables de guérir cet enfant. Jésus, descendu de la montagne, représenté une deuxième fois dans la fresque, réalise ce miracle de foi et de prière. Dès ici bas s’opère le miracle de la vie qui l’emporte sur toute forme de mort. L’Evangile nous dit que l’enfant épileptique souvent tombait dans le feu ou dans l’eau. Peut-être l’eau qui ruisselle à côté de lui et de Jésus, éclairée elle aussi par la lumière du Transfiguré, rappelle-t-elle ce péril écarté. Mais sans doute aussi, comme le feu du char d’Elie à l’autre extrémité de la composition, l’eau est-elle signe de purification.

La lumière du Christ transfiguré éclaire, purifie, et fait vivre et revivre toute réalité. Elle éclaire et inspire même celui qui nous raconte cet épisode, Matthieu, assis dans le coin de la fresque pour écrire son Evangile.

Pour finir je voudrais juste souligner ce qui saute aux yeux si nous revenons sur le Christ : il a les bras ouverts, dessinant l’accueil mais dessinant aussi la croix. Et la mandorle que j’évoquais au début semble l’isoler du sol, l’élever au-dessus de terre. Ici sans doute pouvons-nous entendre cette parole de Jésus dans l’Evangile de Jean : Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. Tous les hommes de son temps et de tous les temps, ceux aussi qui habitent ou travaillent dans ces immeubles et ces usines qui sont discrètement ébauchés, mais au plus près du Christ. Montrouge, forcément, et ses habitants, et les gens qui y travaillent. Voient-elles cela, les personnes qui découvrent la fresque depuis le parvis, à travers les vitres ? Savent-elles que depuis la ville leur regard, traversant l’église, découvre la même ville, près du Seigneur, illuminée par sa Transfiguration ?