Fratelli Tutti

Quatrième chapitre : Un cœur ouvert au monde (128-132)

  1. Si l’affirmation selon laquelle tous en tant qu’êtres humains nous sommes frères et sœurs n’est pas seulement une abstraction mais devient réalité et se concrétise, cela nous met face à une série de défis qui nous bouleversent, nous obligent à envisager de nouvelles perspectives et à développer de nouvelles réactions.

La limite des frontières

  1. Lorsque le prochain est une personne migrante, des défis complexes s’entremêlent (109). Certes, l’idéal serait d’éviter les migrations inutiles et, pour y arriver, il faudrait créer dans les pays d’origine la possibilité effective de vivre et de grandir dans la dignité, de sorte que sur place les conditions pour le développement intégral de chacun puissent se réunir. Mais quand des progrès notables dans ce sens manquent, il faut respecter le droit de tout être humain de trouver un lieu où il puisse non seulement répondre à ses besoins fondamentaux et à ceux de sa famille, mais aussi se réaliser intégralement comme personne. Nos efforts vis-à-vis des personnes migrantes qui arrivent peuvent se résumer en quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En effet, « il ne s’agit pas d’imposer d’en haut des programmes d’assistance, mais d’accomplir ensemble un chemin à travers ces quatre actions, pour construire des villes et des pays qui, tout en conservant leurs identités culturelles et religieuses respectives, soient ouvertes aux différences et sachent les valoriser sous le signe de la fraternité humaine » (110).
  2. Cela implique des réponses indispensables, notamment face à ceux qui fuient de graves crises humanitaires. Par exemple : augmenter et simplifier l’octroi des visas, adopter des programmes de parrainage privé et communautaire, ouvrir des couloirs humanitaires pour les réfugiés les plus vulnérables, offrir un logement approprié et décent, garantir la sécurité personnelle et l’accès aux services essentiels, assurer une assistance consulaire appropriée, garantir leur droit d’avoir toujours des documents personnels d’identité, un accès équitable à la justice, la possibilité d’ouvrir des comptes bancaires et d’avoir ce qui est essentiel pour leur subsistance vitale, leur donner la liberté de mouvement et la possibilité de travailler, protéger les mineurs et leur assurer l’accès régulier à l’éducation, envisager des programmes de garde provisoire ou d’accueil, garantir la liberté religieuse, promouvoir l’insertion sociale, favoriser le regroupement familial et préparer les communautés locales aux processus d’intégration (111).
  3. Il est important d’appliquer aux migrants arrivés depuis quelque temps et intégrés à la société le concept de “citoyenneté” qui « se base sur l’égalité des droits et des devoirs à l’ombre de laquelle tous jouissent de la justice. C’est pourquoi il est nécessaire de s’engager à établir dans nos sociétés le concept de la pleine citoyenneté et à renoncer à l’usage discriminatoire du terme minorités, qui porte avec lui les germes du sentiment d’isolement et de l’infériorité ; il prépare le terrain aux hostilités et à la discorde et prive certains citoyens des conquêtes et des droits religieux et civils, en les discriminant » (112).
  4. Au-delà des différentes actions indispensables, les États ne peuvent pas trouver tout seuls des solutions adéquates « car les conséquences des choix de chacun retombent inévitablement sur la Communauté internationale tout entière ». Par conséquent, « les réponses pourront être seulement le fruit d’un travail commun » (113), en élaborant une législation (gouvernance) globale pour les migrations. De toute façon, « il convient d’établir des projets à moyen et à long terme qui aillent plus loin que la réponse d’urgence. Ceux-ci devraient d’un côté aider effectivement l’intégration des migrants dans les pays d’accueil, et en même temps favoriser le développement des pays de provenance par des politiques solidaires, mais qui ne soumettent pas les aides à des stratégies et à des pratiques idéologiquement étrangères ou contraires aux cultures des peuples auxquels elles s’adressent » (114)

Notes
(109) Cf. Évêques catholiques du Mexique et des États-unis, Lettre pastorale sur la migration Strangers no longer :together on the journey of hope, (janvier 2003).
(110) Audience générale (3 avril 2019) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (9 avril 2019), p. 2.
(111) Cf. Message pour la 104e Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié (14 janvier 2018) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (24 août 2017), p. 6.
(112) Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, Abou Dhabi (4 février 2019) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (12 février), p. 12.
(113) Discours au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège (11 janvier 2016) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (14 janvier 2016), p. 10.
(114) Ibid., pp. 9-10.

Commentaires

Le quatrième chapitre de l’encyclique est assez court ; il aurait pu s’intituler : migrations et culture, et pourrait ainsi se résumer : l’accueil nécessaire des migrants, loin d’être une menace, est une chance et une richesse pour les cultures des pays accueillants, et pour la culture en général.

Le paragraphe 129 exprime de manière très claire comment la fraternité universelle peut orienter la manière d’aborder la question des personnes migrantes. Il faut entendre et garder ensemble toutes les phrases de ce paragraphe.

Il y est dit d’abord que les défis sont complexes : la parole du pape, si elle est assez radicale et exigeante, n’est ni naïve ni simpliste.

Ensuite, il est rappelé que la plupart des phénomènes de migrations sont provoquées par des situations de pauvreté et d’urgence dans les pays d’origine, que les personnes qui migrent le font parce qu’elles ne peuvent vivre dignement dans leur pays, et qu’il y a là un défi premier et prioritaire : recréer dans ces pays la possibilité d’y vivre et de s’y accomplir humainement.

Parce que cet objectif est loin d’être atteint et souvent ne progresse pas de façon notable, il est légitime que les personnes des pays concernés cherchent et trouvent un lieu où pouvoir se réaliser humainement.

Et François en quatre verbes décrit ce que doit être notre attitude envers ces personnes qui arrivent dans notre pays : « accueillir, protéger, promouvoir et intégrer », insistant à nouveau sur la nécessité d’une vraie collaboration, et non d’une assistance à sens unique.

Les deux paragraphes suivants détaillent concrètement de nombreuses mesures nécessaires pour mettre en œuvre cet accueil qui va jusqu’à l’intégration, qui, dans une même « citoyenneté », assure à tous « l’égalité des droits et des devoirs » (131).

Clairement toutes ces mesures, dans les situations dramatiques que connaissent tant de migrants aujourd’hui, relèvent de l’urgence. Mais la collaboration internationale devra permettre à plus long terme à la fois de mieux organiser l’intégration des migrants, et de favoriser le développement de leurs pays d’origine, afin que la migration ne soit plus l’unique et ultime solution pour ces populations. (132)

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