Communier en temps de confinement

Samedi 28 mars 2020

                                       Chers amis,

            En ces jours difficiles, nous sommes dans la communion, et ce n’est pas qu’un mot, les uns avec les autres, et particulièrement avec les malades, leurs familles, les soignants, tous ceux qui se dévouent pour que notre monde continue à vivre, et aussi, malheureusement de plus en plus, avec les familles en deuil. Continuons à nous porter les uns les autres dans la prière, et aussi dans les liens d’affection et de solidarité que nous pouvons entretenir, malgré la distance, dans le respect des règles de prudence qui s’imposent à tous !

            Mais nous autres catholiques, nous ne pouvons échapper à une question, d’autant que nous sommes nombreux à ressentir un manque qui nous est pénible : comment vivre la communion sans les célébrations et les sacrements de l’Eglise ?

            Dans  les paroisses qui manquent de prêtres, les catholiques ont pu, depuis des années, se réunir le dimanche pour une cérémonie d’écoute et de partage de la parole de Dieu, suivis de la communion. On a appelé cela des ADAP, c’est-à-dire des Assemblées dominicales en l’absence de prêtre, devenues ensuite Assemblées dominicales en l’attente de prêtre.

            A la vérité, ces jours-ci, lorsque les prêtres célèbrent chaque jour la messe, ils le font en l’absence, ou mieux en effet, en l’attente du peuple.

            Demain dimanche, avec les Pères Jacques et Adalbert, nous célébrerons bien la messe dominicale, mais on pourrait dire aussi une ADAP : assemblée dominicale en l’attente du peuple.

            Parce que si l’eucharistie ne peut être pleinement accomplie sans la présence d’un prêtre, elle ne peut non plus l’être pleinement sans la présence d’un peuple.

            Et même si, à trois concélébrants, nous sommes peuple les uns pour les autres, nous sentons bien, par exemple quand nous répondons Amen à des prières que nous avons dites ensemble, que ce dialogue est fictif, parce que vous, fidèles assemblés autour du Seigneur, vous n’êtes pas là !

            Et ne faisons pas semblant : caméras ou écrans n’y pourraient rien, sinon vous faire constater chez vous que la messe est célébrée, et hélas que, sans l’avoir voulu, vous n’y êtes pas !

            Cette situation est douloureuse pour nous tous : le peuple de Dieu aujourd’hui dans notre pays, comme c’est le cas continuellement dans d’autres pays, ne peut pas se rassembler pour la prière commune et le repas du Seigneur. Même si, selon l’expression habituelle, la messe continue d’être dite, la communion sacramentelle, entre nous comme avec le Seigneur, n’est plus concrètement célébrée dans l’Ecclésia, l’Eglise, l’assemblée des fidèles.

            Mais, le Seigneur est avec vous, là où vous êtes.

            Si entendre des prières à la radio, regarder des célébrations à la télévision vous aide à rester en communion avec le Seigneur et avec les autres, c’est tant mieux.

            Pourtant soyez convaincus aussi et d’abord que le Seigneur ressuscité n’est confiné nulle part – ou l’est chez vous : il est présent pour inspirer et accueillir votre prière personnelle, il est présent lorsqu’en couple, en famille, en communauté vous partagez la prière et l’écoute de la Parole.

            Ce moment est à saisir pour redécouvrir notre foyer comme cellule d’Eglise, notre première Eglise, premier lieu de la présence du Seigneur et de notre présence au Seigneur.

            La semaine qui vient, cinquième semaine du carême, devait être, selon une tradition récente de notre paroisse, la semaine de la réconciliation. Nous aurions dû : entrer ensemble dans cette semaine au cours des messes de ce week-end, vivre chacun à notre manière ce temps de réconciliation, avec Dieu, avec les autres, et par exemple en venant rencontrer l’un des prêtres de la paroisse pour célébrer le sacrement du pardon lors des permanences programmées dans nos églises, puis clore ce temps par une action de grâce, commune et joyeuse, au moment des Rameaux.

            Aucune de ces célébrations ne sera possible, mais nous maintenons la semaine de la Réconciliation !

            Le pape François s’est exprimé récemment sur ce sujet, avec son style simple et direct, particulièrement en réponse à ceux qui s’inquiètent de ne pouvoir recevoir le sacrement de réconciliation :

            « C’est très clair : si tu ne trouves pas de prêtre pour te confesser, parle avec Dieu, il est ton Père, et dis-lui la vérité : “Seigneur, j’ai manigancé ceci, cela, cela…. pardon”, et demande-lui pardon de tout ton cœur, avec l’Acte de contrition et promets-lui : “Je me confesserai plus tard, mais pardonne-moi maintenant”. Et tu reviendras immédiatement dans la grâce de Dieu. (…) tu peux t’approcher toi-même du pardon de Dieu, comme l’enseigne le Catéchisme, sans avoir de prêtre sous la main… Trouve le moment juste, le bon moment. Un Acte de contrition bien fait, et ainsi notre âme deviendra blanche comme la neige ».

            Permettez que je le dise aussi à ma manière : ce n’est pas Dieu qui a besoin des sacrements, c’est nous ! Nous avons besoin de ces gestes et ces paroles rituels qui nous disent, nous montrent concrètement l’amour de Dieu et la grâce qu’il nous donne, les incarnent et les réalisent pour nous en événements concrets, vécus avec d’autres. Quand momentanément nous n’avons pas la possibilité pratique de vivre ces événements, Dieu va-t-il cesser de nous aimer et de nous donner sa grâce ? L’amour de Dieu n’est prisonnier d’aucun rite, si sacré soit-il !

            Il est donc possible de vivre la réconciliation en ces temps de confinement. Avec Dieu dans le secret de notre dialogue avec lui, et avec nos frères et sœurs aussi. Et si cette année la parole et le geste sacramentels du pardon se réalisaient pour moi dans l’événement d’un pardon donné et reçu avec un proche ? « Va d’abord te réconcilier avec ton frère », dit Jésus (Mt 5, 24)

            Ne renonçons à rien de ce que Dieu nous offre, même si aujourd’hui nous devons le vivre autrement.

            Nous savons maintenant que nous ne pourrons pas non plus vivre les grands rassemblements des Rameaux, de la Semaine sainte et de Pâques. Toute notre année et notre foi tendent vers cette grande semaine, et nous la passerons cette fois dans le jeûne du confinement.

            Ce sera donc, là aussi, autrement.

            Vous trouverez sur le site de la paroisse, comme depuis deux semaines, les propositions de l’Eglise et en particulier de notre diocèse au fur et à mesure qu’elles nous seront transmises.

            Mais sans doute chacun de nous sera-t-il inventif pour que cette année, à Montrouge comme presque partout dans le monde, le Seigneur ressuscité soit célébré dans autant d’églises qu’il y a de foyers chrétiens !

            Nos rassemblements rituels nous manquent parce qu’ils sont plus que des rites : ils sont le corps du Christ constitué autour de lui pour être envoyé au monde y rayonner de sa présence et de son salut.

            Nous les retrouverons renouvelés d’avoir découvert dans le manque combien ils nous sont précieux.

            D’ici là le Seigneur est fidèle, et il est toujours avec nous : qu’il nous garde tous dans sa confiance !

                                                                       Bien fraternellement.

                                                                                              Marc Vacher

                                                                                              Curé de Montrouge